vendredi 22 janvier 2010

Un mercredi après-midi

Une journée froide. Ils grelottent. Pourtant, ils sont bien au chaud.

Ils forment avec leur compagne poilue un vrai trio. Voilà presque dix ans que ce couple traite cette chienne répondant (pas toujours) au nom de Cloé comme leur cinquième enfant. Elle n’a jamais dit un mot, mais ces jours-ci elle en fait parler plus d’un. C’est que d’un mal envahie, elle doit plier panier et tout quitter.

À l’insu de ses maîtres, elle a senti une dernière fois ses tapis. D’abord celui du salon qu’elle choisissait quand on lui disait d’aller sur le tapis de la cuisine, puis celui de la cuisine qu’elle a frôlé avec un sourire en coin. Elle a poursuivi ce rituel avec son panier; a mordu dans ce semblant d’os de tissu. Elle a visité toutes les pièces de la maison, même celles où elle n’avait pas le droit d’aller. Pourquoi s’en priver?

Vers 16 h, quand ses maîtres sortent manteaux et bottes, elle montre une joie leur laissant croire sa hâte d’aller dehors. Elle quitte sa maison pour de bon. Elle fait semblant de rien, mais elle sait (instinct animal).

Fatiguée, vite vieillie par ce mal fulgurant, les yeux mouillés, elle les regarde tous les deux. Ils sont déjà flous. Elle est contente de tout ce qu’elle a vécu avec eux et c’est pour cela qu’elle bouge la queue. Mine de rien, mine de chien, tout au long de sa vie, elle les a menés à réaliser la plupart de ses désirs. Ils ont joué le jeu.

16h15. Allez mes maîtres, une dernière caresse. Merci pour tout. Votre vie continue. Soyez encore heureux autant que je le fus. Vous ne m’oublierez pas…